◊ Danses traditionnelles

Dans les sociètés traditionnelles africaines, les événements sont considérés comme étant l’affaire de tous, même s’ils affectent plus particulièrement tel individu ou telle famille.Ainsi il existe divers procédés qui consistent, pour un individu à extérioriser ce qu’il ressent, la communication et l’expression sont extrêment liées. Il en résulte une codification des moyens d’expression. Ces comportements sont codifiés par des règles qui sont intégrées depuis l’enfance. Les moyens possibles sont la musique, les cris, les paroles, les danses, auxquels s’ajoutent souvent les moyens plastiques par la présence des masques et d’accessoires divers.

Les danses en Afrique sont multiples et diverses correspondant à la diversité et la multiplicité des Régions, ethnies et Pays d’Afrique.Chaque pays d’Afrique s’appuie sur une gestuelle, une rythmique différente, pour exprimer des choses aussi essentielles que le sens de la vie. Elles sont la manifestation de l’âme, elles peuvent rendre compte de toutes les situations personnelles ou collectives, elles permettent d’interpréter des figures vivantes, défuntes, animales ou totémiques. Leurs dénominateurs communs et leurs caractères sont orientés et dédiés à un rituel, à une tradition ou plus généralement à une divinité.

Elles naissent d’une part de la prise de conscience par l’homme de son unité avec Dieu et d’autre part, des efforts volontaires ou inconscients qu’il doit déployer pour rester à l’unisson du rythme de Dieu. Elles s’éfforcent d’offrir à l’homme, la grande réconciliation de la tête et du corps, de la pensée et de l’instinct, par la libération du geste et l’abandon au rythme. En d’autres termes, les danses en Afrique constituent une démarche qui conduit l’homme au plus profond de lui-même, à la découverte de ses qualités latentes, à l’épanouissement de sa personnalité, à la fois sur le plan physique, intellectuel, social, thérapeutique et spirituel.

Les danses en Afrique sont un mode de vie.A chaque moment elles sont utilisées pour raconter, communiquer ou plus simplement pour vivre, elles sont une composante majeure de la vie sociale. Elles font donc partie de la vie quotidienne du village, elles sont complètement intégrées aux activités. Elles sont constituées d’un ensemble de danses originales qui convient à toutes les circonstances et rythme les grands événements de l’existence.

Les danses en Afrique sont un élément essentiel du patrimoine culturel. Elles sont l’expression vivante de sa philosophie et la mémoire de son évolution.
Elles témoignent d’une connaissance et sont chargées de transmettre. Elles révèlent une grande diversité d’un continent, une richesse inestimable sur le plan symbolique, mystique et spirituel.Elles constituent à la fois une histoire symbolique, une forme de méditation, un art de spectacle, un passe temps distrayant, un jeu, un sport, un art de vivre, une manière d’exprimer intensément les rapports de l’homme avec la nature, la société, un langage universel, un dialogue des civilisations, une thérapie.

Avec plus de force que le geste, plus d’éloquance que la parole, plus de richesse que l’écriture parcequ’elles expriment ce que l’être ressent au plus profond de lui-même, ces danses sont l’expression de la vie et de ses émotions permanentes(joi,amour,tristesse,espoir). il ne peut y avoir de danses en Afrique sans émotion. Elles content l’inexprimable, elles sont le lien entre le corps, la terre, la tête et le ciel. Il faut comprendre comme le dit LEOPOLD SEDAR SENGHOR « en Afrique, c’est la danse qui est au commencement de toutes choses. Si le verbe l’a suivi, ce n’est pas le verbe parler, mais le verbe chanter, rythmer. Danser, chanter, porter des masques constituent l’art total, un rituel pour entrer en relation avec l’indicible et créer le visible « .

Les aspects des danses en Afrique

Les danses traditionnelles ont la spécificité d’englober tout l’univers. Elles expriment la liaison entre le quotidien et le surnaturel.

On peut distinguer deux aspects : le profane et le sacré

Le profane

Il s’agit de danses populaires, de réjouissances accessibles à tous.
Elles ont dans ce cas une véritable fonction sociale et conviviale, de distraction, d’amusement, de défoulement, de divertissement.

Elles se prêtent à l’improvisation, à une grande liberté d’expression.
Elles se révèlent comme le carrefour des contacts, des relations, des échanges et du dialogue. C’est au niveau de cet espace que se traitent et se résolvent les problèmes de solitude, d’indifférence, de manque de communication et d’isolement.

Elles se déroulent généralement en plein jour, du matin à la tombée de la nuit. Elles sont par nature très diverses. Chaque geste, chaque mouvement a un sens.

Deux éléments sont déterminants dans ces danses, d’une part les femmes jouent un grand rôle, d’autre part les critères esthétiques sont essentiels.

Elles sont un élément d’une identité culturelle, un langage corporel, le reflet des groupes humains dont elles émanent. Elles apparaissent souvent dans des spectacles organisés à l’intention des visiteurs et des touristes.

Le sacré

Il s’agit de danses rituelles accessibles aux seuls initiés.
Elles ont alors davantage une fonction d’initiation, d’apprentissage de la vie ou d’un culte spécifique.

Elles ont comme but d’amener le ou les danseurs à communier avec Dieu par l’harmonisation de son corps et de son esprit.

Elles prennent souvent la forme de transes. La musique entraine des effets dans l’état du danseur au niveau psychologique aussi bien que physiologique.

Elles se produisent à des époques déterminées, elles sont fixées par le calendrier rituel, elles se déroulent dans un lieu précis, à une place réservée pour les cérémonies.

Bien entendu les deux aspects ne sont pas figés et sont toujours intimement liés à une symbolique, à une forte identité culturelle, à un contexte ethnographique. Leurs fonctions respectives s’entrecroisent. Des ponts existent entre les deux

La pratique des danses en Afrique

LE CERCLE

Les danses en Afrique, composantes majeures de la culture africaine, reposent sur le cercle, symbole de vie à la fois spirituelle et temporelle. L’arc de cercle ou le cercle est la disposition spontanée que prennent les danseurs sur la place du village ou les spectateurs autour du ou des danseurs. Le cercle est la plus ancienne figuration de la danse en groupe. Dans les danses en cercle, il y a toujours abstraction de l’identité personnelle au profit de celle du groupe.Pour les Africains, les danses en cercle sont un moyen d’élever les vibrations afin de se mettre au rythme de la nature. Elles sont classifiées en trois catégories, illustrées par trois cercles concentriques. Ce sont LE GLO, LE CAILLO, LE GLA, correspondant chacun à un stade différent d’évolution spirituelle. La danse véhicule la spiritualité du centre vers la périphérie et vice versa afin de transcender les émotions et les aspirations.

LE GLO : le premier cercle, le plus large symbolise le monde.Dans ce cercle les danses ont pour fonction l’intégration sociale. Elles sont les danses de réjouissances. Elles traduisent le divertissement, la convivialité, l’amusement, le défoulement, la fête. Ce sont des danses concrètes qui font une large place à l’improvisation.

LE CAILLO : le second cercle, il joue le rôle d’intermédiaire entre la spiritualité pure et le terrestre. Dans ce cercle les danses ont pour fonction la transmission. Elles traduisent la symbolique, l’initiatique. Ce sont des danses anciennes, spéciales, techniques, précises, codifiées qui obéissent à des règles dictées par la tradition.

LE GLA : le troisième cercle, le plus petit, il symbolise le spirituel. Dans ce cercle les danses ont pour fonction de permettre de faire l’expérience suprême de l’existence humaine.Ce sont les danses de Masques, le domaine des initiés LE GLA ne peut exister que lorsque les trois cercles sont rassemblés.

LA REPETITION

Les danses en Afrique reposent sur la répétition. La répétition du geste appris selon la tradition, c’est à dire non une simple imitation du maître, non une copie, mais une connaissance parfaite du geste, par un apprentissage, un perfectionnement, une maîtrise, qui laisse le ou les danseurs libres à l’intérieur de leurs techniques, d’improviser et de répondre par des gestes admis à l’appel du cosmos selon leurs inspirations. Le danseur traditionnel africain est en perpétuel dialogue avec le cosmos et comme tout langage il respecte les « mots « , mais improvise, crée sa « phrase « .

La répétition est une des règles fondamentales, elle est une loi universelle. La nature se répète, du moins les phénomènes naturels se répètent, l’éternel recommencement des saisons reste l’exemple le plus instructif. La nuit et le jour obéissent à la même règle. L’homme, quelque soit sa culture, son instruction, ses origines est obligé de se répéter pour vivre.

Il y a aussi répétition au niveau de l’improvisation. En effet, dans les danses individuelles qui demandent beaucoup d’agileté le jeune artiste, après le pas de base est contraint d’improviser. Cette obligation devenant par la suite une habitude et un réflexe, fait que le danseur africain ne trouve plus d’intérêt dans les danses aux figures standardisées. La répétition dans l’improvisation, au niveau des danses individuelles s’avère indispensable, parce que la même danse interprétée deux fois de suite, n’a que son pas de base qui reste identique et par l’improvisation de nouvelles figures sont créées.

L’IMPROVISATION

il y a improvisation, parce que la même danse éxécutée deux fois de suite n’a que son thème qui reste identique. C’est donc une liberté créatrice, c’est l’image d’une pensée qui cherche, qui progresse et qui peu à peu, se précise. L’improvisation développe le sens du rythme, conduit le danseur à un meilleur équilibre entre le physique et l’intellect et réveille chez lui un esprit d’initiative et d’invention. En effet, la présence de plusieurs danseurs ou danseuses au cours de fêtes, provoque une émulation qui favorise beaucoup l’improvisation.

Chacun des artistes, une fois son répertoire épuisé et pour satisfaire aux exigences de la foule, doit inventer de nouvelles figures. La création spontanée de ces figures de danses au cours d’une cérémonie quelconque astreint le danseur africain à une gymnastique d’esprit très enrichissante. Cette nécessité de créer dans le but, d’une part de se dépasser et d’autre part de stocker, conduit le danseur à la maîtrise d’une mémoire auditive et visuelle et au développement permanent de son imagination créatrice. Dans les danses en Afrique l’improvisation revêt d’autres significations.

Improviser :C’est soritr des sentiers battus. C’est éviter la servitude du pas de base et des figures standardisées ou imposées.

Improviser : C’est faire preuve d’indépendance dans ses actes et dans ses pensées. C’est faire preuve de maturité intellectuelle et spirituelle. C’est refuser le règlement ou plutôt comprendre que le règlement n’est pas fait pour élever celui qui le suit à la lettre.

Improviser : C’est démonter par sa conduite que le règlement est fait pour les assistés, les inconstants et que, bien qu’utile pour la bonne marche d’une société, il comporte quand même un aspect abrutissant, avilissant, aliénant.

Improviser : C’est comprendre que le règlement n’est pas fait pour les gens intelligents, et que dans tous les domaines, les rênes du commandement reviennent toujours à ceux qui prennent des initiatives, malgré les règles contraignantes et asservissantes du règlement.

Improviser : Alors qu’on a la possibilité d’agir gentiment dans la limite des règles préetablies, d’innover alors qu’il est plus sécurisant de se contenter des acquis antérieurs de la société, des idées des autres, de la vérité d’autrui, prendre des risques en improvisant, surtout lors d’une présentation en public, c’est comprendre que ceux qui contribuent à l’avancement de l’humanité (aussi bien sur le plan matériel que spirituel), sont des gens courageux, stables, doués d’une forte personnalité.
Ils sont difficilement influençables et profondément conscients du fait que les grands secrets de la vie ne seront jamais dévoilés aux soumis, aux subalternes, aux assistés, aux partisans du règlement à la lettre.

Improviser : C’est accepter de remettre en question les idées reçues, de poser des points d’interrogation sur tout ce qui nous touche et nous concerne pour une meilleure compréhension de la vie.

Improviser : C’est ajouter quelque chose de plus à l’humanité, c’est prendre part à la création qui est incessante, continue et sans fin.

Les enseignements en Afrique de la transmission orale

Dans les sociètés traditionnelles Africaines les connaissances se transmettent oralement.Le culte de LA PAROLE a fait d’elle un vecteur essentiel de transmission et de contact à travers tout le continent.

Depuis l’antiquité, les Africains se sont déplacés, transportant avec eux leurs connaissances, leurs origines, leurs techniques, leurs croyances, leurs traditions, leurs différents dialectes, leur morale, les secrets de la nature et de l’univers.
Les idées voyagaient avec les peuples lors de leurs différentes migrations.

Les GRIOTS et faiseurs de connaissance, doués d’une mémoire extraordinaire sont les gardiens de la tradition et ses propagateurs. Ils sont aussi devenus des négociateurs, des médiateurs, des ambassadeurs lors des conflits. Egalement musiciens, poètes,généalogistes, historiens, grands voyageurs, ils jouent un rôle considérable dans la circulation des idées, ces orateurs sont le témoignage unificateur des hommes.

La transmission orale pour les Africains, c’est l’enseignement à tous les degrès. Elle englobe aussi bien la morale, la philosophie, les mathématiques, la géométrie, l’histoire, la généalogie, les coutumes et tout ce qui s’appelle connaissances humaines au point de vue culturel et cultuel. Les danses font partie de cet enseignement de connaissances.

Les enseignements sont donnés par des vieilliard, grands initiateurs, les maîtres. Les enseignements passent par l’initiation, l’apprentissage, le perfectionnement, la répétition, la maîtrise  » une dure école de la vie  » .

Ils se décomposent en trois cycles dans la vie de l’homme.

1er cycle de 7 ans à 21 ans : Jusqu’à 7 ans l’enfant est à l’école de sa mère. Pendant ce cycle il est censé avoir fait le tour de toutes les initiations.

2ème cycle de 21 ans à 42 ans : L’individu renforce ses connaissances et ainsi à 42 ans il sera  » un homme fait « .Il aura droit à la parole.

3ème cycle jusqu’à 63 ans : Devenu un homme il doit enseigner à son tour, transmettre, restituer ce savoir dont il a bénéficié.

A partir de 63 ans l’homme est retraité, on ne peut plus rien exiger de lui. Il se dirige vers la mort avec tout son savoir.

Proverbe africain : « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît « .

Rapports entre danse et rythme en Afrique

Les danses traditionnelles en Afrique naissent de l’union intime du son et du geste, du mouvement et de la musique comme un enfant naît de l’union intime de l’homme et de la femme.Sur le continent du soleil, l’enfant s’initie à la joie de la libération de la vie par le mouvement, avant et après la naissance. La femme qui attend un enfant ne reste jamais inactive et passive, elle participe activement à tout ce qui a trait à la musique, aux chants, aux percussions et à la danse. Elle s’efforce d’imprégner tout son être de pensées et de distractions douces, saines, et paisibles. La future mère se laisse pénétrer profondément des divers rythmes de son ethnie.

La prédominance de la musique dans les activités de la femme qui attend un enfant, justifie en partie les aptitudes de beaucoup d’Africains vis à vis de la danse et leur attirance naturelle vers les beaux-arts.

L’enfant continue de vivre la danse dès sa naissance.
A ce stade, tout se passe au niveau du rythme qu’il entend autour de lui.
En effet, il est présent à toutes les manifestations du village. Les fêtes ayant lieu très souvent, les rythmes se répètent et prennent vite une place importante dans l’univers culturel de l’enfant.

On pressent l’importance de la relation entre le rythme et la danse. Les danses sont donc indissociables du rythme et si la présence d’un batteur de tambour n’implique pas obligatoirement la présence d’un danseur, par contre la mobilité de celui -ci en piste exige celle d’un percussioniste. Ce dialogue est inhérent à la pratique de la danse.

Le batteur jour un rôle important.
Il est le savant du son et du rythme.
Il fait bouger les corps, il suscite chez les danseurs les gestes en harmonie avec la musique.
Il s’instaure une communication. Les deux personnages doivent, dans une certaine mesure, vibrer au même rythme et communier spontanément à la même source d’inspiration et de création.

Ainsi de cette communion savante les qualités du danseur se révèlent :
– sens du rythme et de l’espace,
– grâce, légèreté et agilité,
-mémoire dans l’éxécution des figures,
-aisance dans la communication des sentiments, la coordinnation, le naturel, la recherche permanente.

Un grand batteur est capable de faire accomplir des prodiges à un danseur moyen, surtout dans le domaine de l’improvisation. En Afrique, dans la pratique de certaines danses, il appartient au batteur de suivre les pas du danseur et non l’inverse, car l’improvisation créatrice vient du danseur seul.

L’observateur attentif notera que le tambour ne commence à émettre son langage secret qu’après les deux ou trois premiers pas du danseur. Un contact très intime s’établira alors entre le danseur et lui, un véritable dialogue que seul un homme averti pourra percevoir.

Battre le tambour dans les sociètés africaines est une spécialisation très éprouvante dont on n’acquiert la maîtrise qu’au fil des années, à force de pratique .Pour devenir batteur de tambour en Afrique, il faut avoir fait ses preuves. Le tambour revêt un caractère sacré et rituel, il est lié aux forces cosmiques. Il y a un principe magique du tambour qui donne vie, qui est le point de départ du mouvement, de la danse. L’acte de battre le tambour au cours d’une cérémonie dansée implique des responsabilités sociales, voire religieuses. Le tambour exprimant le mieux les sentiments profonds de l’Afrique, le batteur joue un rôle fondamental dans la vie sociale, spirituelle et mystique.

Cet art consiste à percuter des peaux, à frapper sur des gongs, des cymbles, des grosses caisses, à agiter des grelots, des clochettes, des calebasses, à caresser, gratter, tâter le bois, le fer, tirer le son de la matière. Il constitue une autre manière d’appréhender le monde sonore.
Il exige l’agilité des doigts, la souplesse des poignets, un grand sens du rythme, une mémoire auditive, de bons réflexes et une grande aisance dans la coordination des mouvements.

Quand on écoute un bon batteur africain, on est tout de suite séduit par la beauté, la fraîcheur, l’originalité des sons. On est pris dans le dialogue ininterrompu que représente la percussion avec la nature. Ce langage à la fois profane et secret, soulève en nous des forces, des énergies puissantes,nouvelles. A travers les sonorités inouïes qu’il tire de la peau, il chante et évoque à la fois les liens étroits qui relient l’homme à l’univers, au cosmos, à Dieu.

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