◊ La Tradition Orale

Véhicule de l’histoire

L’Afrique a été longtemps considérée comme un continent
barbare car ses peuplades ne possédaient pas de language
écrit. Sans celui-ci, l’Afrique n’avait pas d’histoire
connue, car la langue parlée n’était pas considérée
par les explorateurs comme une langue fiable.

La tradition orale est l’ensemble de tous les types de témoignages transmis verbalement par un peuple sur son passé, on parle donc souvent de traditions orales.

Le contenu de la tradition orale africaine se caractérise par une grande diversité de genres.

Le conte est l’élément le plus connu de la tradition orale. Il est généralement défini comme un récit d’aventures imaginaires à vocation didactique. Il est populaire, c’est-à-dire créé par et pour le peuple: il naît et vit de la collaboration entre le peuple auditeur et le conteur respectueux de son idéologie, de sa culture.Traditionnel, il se transmet oralement de génération en génération. Il dépend étroitement de la culture et de la géographie physique du peuple qui l’a produit. Il est généralement dit aux jeunes par les anciens, à la tombée de la nuit, car elle est plus propice au rêve et à l’imagination créatrice, et l’esprit est plus libre après les travaux et les soucis diurnes.

La fable ne diffère pas tellement du conte. C’est un récit imaginaire ou mythologique destiné à illustrer un précepte. Le récit, souvent court et humoristique, peut être assimilé à une anecdote.

Le mythe est une longue narration qui est objet de solide croyance pour le peuple qui l’a produit. En effet, à la différence du conte dans lequel le partage du réél et de l’irréel tend à s’équilibrer, le mythe, lui, est intimement lié au surnaturel. Dans l’Afrique traditionnelle le mythe est considéré comme « la parole sérieuse » de laquelle on n’ose pas douter. Ainsi, dès que le mythe commence à se désacraliser, il peut être considéré comme une légende. Il a lontemps été réservé à des auditoires choisis, à des cercles d’initiés, jusqu’à la disparition des religions auquel il était lié.

L’épopée ou encore récit épique relate les exploits de héros qui ont rééllement existé et qui ont joué un rôle prépondérant dans l’histoire d’un peuple, d’une ethnie. Leurs aventures ont été embellies de façon à créer des modèles pleins d’enseignement. Les généalogies sont l’histoire détaillée d’une dynastie, d’un peuple, d’un clan. Destinées à plaire, l’épopée et les généalogies sont souvent chantées par les griots ou dites au son d’un instrument de musique. Elles peuvent fournir des chiffres et des dates aux historiens, ainsi que des listes de noms.

Les proverbes sont des vérités imagées auxquelles le conte sert le plus souvent d’illustration. Certains conteurs disent le proverbe avant de le développer à l’aide du conte. Les proverbes sont souvent dits aux jeunes par les anciens, qui aiment de nos jours encore en orner leur discours : ils connotent l’éloquence et la sagesse.
Les devinettes et les énigmes sont du genre « jeu de cache-cache par la parole » auquel se livrent grands-parents et petits-enfants. Dans certaines sociétés, elles se pratiquent exclusivement entre jeunes.

Les chants occupent une place importante dans le répertoire de la littérature orale africaine. Certains ont même défini le chant comme étant « la parure » du verbe. Les chants interviennent à tous les moments de la vie, surtout à l’occasion des cérémonies rituelles (moissons, circoncisions, etc). Ils aident à situer des événements historiques ou sociaux dans un contexte donné.

Les transmetteurs de la tradition orale
En Afrique, la transmission de la tradition est l’affaire de tout le monde, surtout si elle doit se répercuter sur l’éducation des enfants. C’est ainsi que la famille proche est impliquée dans le processus de transfert des connaissances au même titre que les griots, vrais professionnels de la parole, mais aussi les conteurs, les chanteurs ou encore les écrivains africains qui, un peu plus tard, se sont efforcés d’intégrer la tradition dans leurs oeuvres.

La famille

Les parents
Très fréquemment en Afrique, c’est le père qui instruit son fils et la mère, sa fille. Dans certaines sociétés, l’oncle utérin joue un rôle plus important que le père auprès du garçon, celui-ci étant plus libre avec lui qu’avec son père et le questionnant plus volontiers. Le jeune garçon qui accompagne son père ou son oncle au champ, à la chasse ou à la pêche, la fillette qui aide sa mère, qui se rend avec elle au puits, reçoivent non seulement une instruction technique mais toutes sortes d’informations sur le milieu naturel ou la vie sociale, dont le prétexte est généralement trouvé dans la tâche qu’ils sont en train d’accomplir ou les rencontres faites en chemin.

Les grand-parents
C’est à eux qu’incombe le plus la transmission de la tradition aux enfants en fonction de la sagesse procurée par l’âge mais aussi de leur disponibilité. Ils apparaissent partout comme des agents éducatifs importants dans les domaines qui n’ont pas directement trait à la productivité, et en particulier dans l’enseignement oral. Leur rôle n’est nullement négligeable sur le plan de l’intégration sociale proprement dite. Ils servent de trait d’union entre le passé et le présent. C’est souvent chez eux que va habiter le petit enfant après le sevrage ou quand, à 4 ans, il commence à voir les choses et à poser des questions. On remarque qu’à l’inverse de la relation qui lie l’enfant à ses parents, ses rapports avec ses grands-parents se caractérisent par une sorte d’égalité, de connivence, d’alliance tacite, de tendance à la plaisanterie. C’est la grand-mère qui est la plus compétente dans la transmission orale des connaisances. En effet, dans toutes les sociétés, la grand-mère est ce personnage carctérisé par une grande tolérance, une expérience humaine qui en fait la « bibliothèque humaine ». Elle occupe une place de choix dans la conservation des valeurs traditionnelles. Dans l’Afrique traditionnelle, la grand-mère était la seule habilitée à parler ouvertement de sexe aux enfants, qui en profitaient pour poser toutes sortes de questions. Il convient toutefois de noter qu’en Afrique tout vieillard peut intervenir dans la transmission de la tradition, qu’il soit ou non le grand-parent de l’initié. Les personnes âgées sont des sources toujours disponibles qui, dégagées des corvées quotidiennes, peuvent mettre leur expérience et leur mémoire au service de l’éducation des enfants.

Les professionels de la parole

Le griot a de tout temps été considéré comme le détenteur de la parole, par conséquent la mémoire sociale du groupe. Il retient les faits et les événements importants de son temps mais aussi des mais aussi des temps passés, que ses pères lui ont confiés pour qu’il les restitue aux générations futures. C’est ainsi que, véritable professionnel de la parole, le griot veille à leur bonne transmission. On fait appel à lui lors des événements importants pendant lesquels il ne se fait pas prier pour reconstituer la généalogie d’une famille donnée au son de la kora ou d’un autre instrument de musique selon le type de société. Périodiquement, de grandes réunions à caractère ésotérique rassemblent les griots initiés pour des récapitulations de l’histoire des peuples. Lors de ces cérémonies, les plus jeunes d’entre eux acquièrent de nouvelles connaissances. Les aînés leur présentent des sites sacrés, tombes ou anciens autels, leur apprennent les systèmes de décompte du temps pour chaque ethnie et les formes anciennes des langues qui permettent aux chefs des sous-groupes de se comprendre.
D’autres agents qui interviennent aussi dans la transmission de la tradition orale sont les conteurs qui ont toujours des messages à véhiculer lors des veillées nocturnes, mais aussi les chanteurs qui puisent à volonté dans le répertoire national. Un peu plus tard, on retrouvera ce rôle chez les écrivains africains. En effet la peinture de la société traditionnelle est très présente dans l’oeuvre d’un Senghor, d’un Birago Diop ou encore d’un Mamby Sidibé. Même si cette transmission n’est pas faite par le canal oral, elle mérite d’être citée car la finalité demeure : inculquer aux enfants les valeurs traditionnelles.

LA TRADITION ORALE DANS LA SOCIÉTÉ MODERNE

L’attitude des enfants à l’égard de la tradition orale était très positive dans l’Afrique traditionnelle. L’organisation sociale de cette Afrique-là était plus en faveur de la transmission des traditions orales et de l’intérêt des enfants pour ces traditions.

La situation actuelle
La société traditionnelle est très différente de la société moderne. La première est caractérisée par l’esprit de groupe tandis que l’individualisme, conséquence immédiate de l’urbanisation, sévit dans la deuxième. En effet, l’éclatement des familles élargies, l’irruption des modes de vie occidentaux (l’école), les canaux modernes de transmission de l’information (les médias) sont autant d’éléments qui participent de la disparition du phénomène.
Ainsi l’enfant africain, devra se contenter de ce qu’une grand-mère, s’il a la chance de l’avoir dans la maison familiale, pourra bien lui raconter, entre deux leçons apprises. Encore que la majorité des enfants, une fois les leçons apprises et les devoirs faits après l’école, préfèrent regarder la télévision ou jouer avec les voisins.
S’ils sont vraiment intéressés par la tradition, ils pourront se tourner vers les modes de récupération de l’oral qui existent encore, c’est à dire les festivals de contes, le théâtre, les spectacles musicaux télévisés ou les émissions à la radio.

Les valeurs de la tradition orale
Les traditions orales ont toujours une portée didactique. En effet, du conte, au mythe en passant par les proverbes et devinettes et jusqu’aux récits épiques, il y a toujours un enseignement à tirer, une valeur à inculquer à l’enfant. Les thèmes d’instruction sont plus fournis pour les contes et les proverbes. La signification symbolique émanant de ces deux genres est utilisée sur plusieurs plans:connaissance de la nature, morale, comportement social… Les héros des contes mettent en évidence un système de valeurs et incarnent, suivant les cas, les vertus qui les mènent à la réussite sociale ou les défauts qui les conduisent à leur perte.

Les contes
Les contes traditionnels africains mettent souvent en scène des animaux et les qualités qu’on veut inculquer aux enfants sont :
-la prudence indispensable à leur survie
-la bonne mémoire
-la générosité
-la pudeur
-la ruse -sous une forme ou une autre- parce qu’elle est indispensable pour se défendre contre les forces brutales et malfaisantes de l’environnement.
Une bonne compréhension de la société dans laquelle ils sont appelés à vivre, notamment les attitudes et comportements de ses membres. On veut aider les enfants à trouver leur place dans cette communauté où chacun a une fonction spécifique à remplir.
-la curiosité et l’originalité.
-la dignité. En grandissant, les enfants comprennent mieux cette sorte de morale pratique illustrée par les contes. Certaines de ses moralités se retrouvent dans les fables d’Esope et de La Fontaine. Les enfants quant à eux intègrent ces valeurs sans les discuter tant qu’ils sont très jeunes.

Les proverbes

Les proverbes ont leurs racines dans la tradition qui observe, explique et interprète les faits, les règles de la nature, les comportements humains pour exprimer les relations sociales. Ils tirent leur valeur de la société qui élabore elle-même ses règles de conduite et résiste fortement à tout changement.
Les devinettes
Les devinettes jouent également un rôle important dans la formation de l’enfant. Elles permettent de tester son niveau d’intelligence. En effet, « la devinette n’est pas un problème qu’on résout à l’aide des données fournies par l’énoncé, car en fait, il n’y a rien à deviner mais à savoir ».

L’épopée
L’épopée n’échappe pas à la règle. Longs et envoûtants, souvent ponctués de chants, les récits épiques en exaltant l’action des héros donnent vie à l’histoire d’un peuple, et inculquent à l’enfant les notions de courage et de dévouement à la communauté. Il est donc évident que la tradition orale joue un rôle important dans la transmission des connaissances. Ce rôle lui est conféré par le fait qu’elle est profondément imprégnée des réalités culturelles et des valeurs sociales. Toutefois, toutes ces valeurs trouvent-elles leur place dans la société moderne ?

Les richesses de la tradition orale sont importantes pour l’éducation de l’enfant. La tradition orale était étroitement liée à l’éducation de l’enfant dans l’Afrique traditionnelle. Elle était une véritable pédagogie. Toutefois, l’évolution des sociétés, le progrès scientifique lui ont ravi sa place dans l’éducation de l’enfant, même si elle subsiste par bribes. C’est à ce niveau que le pédagogue moderne doit l’appréhender et chercher à capter les forces et les richesses qu’elle contient encore pour les associer à la vie moderne.

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