◊ Les contes africains

Partie intégrante de l’Art africain

Le conte, élevé en Afrique au rang des beaux-arts, peut, dans certaines sociétés, être rapporté par des conteurs professionnels. Les contes populaires sont généralement racontés le soir durant la saison sèche. Le bon conteur est un acteur, utilisant ses mains, sa voix et son corps pour renforcer ses effets, quand il mime les tours du magicien ou la traque du chasseur. Les devinettes précèdent souvent la narration, et le conte est ponctué de musique et de chants, avec la participation du public. L’auditoire peut répondre à une question du narrateur, ou faire office de chœur en accompagnant les chansons en solo. Au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, le public peut manifester son approbation ou critiquer le narrateur s’il juge sa performance insatisfaisante.

J’ai assisté à des contes chantés toute une nuit; c’est impressionnant et jamais ennuyant.

Pourquoi la hyène a t-elle le pelage rayé?

Il y a longtemps très longtemps hyène et lièvre étaient de très bons amis. Mais la hyène, plus rusée trompait toujours le lièvre.
Chaque fois que ce dernier pêchait un superbe poisson bien dodu, c’était la hyène qui se régalait. Elle inventait des jeux étranges et sournois qu’elle « gagnait  » toujours, puis dévorait le gros poisson cuit par le pauvre lièvre Un jour le lièvre prit un si gros poisson que son amie hyène faillit s’étrangler de gourmandise quand elle le vit ! Mais ce jour-là, le lièvre dit:
– Aujourd’hui est mon jour ! Je mangerai tout seul ce gros poisson ! « .
– Il est bien trop gros pour ton petit ventre  » rétorqua la hyène;  » il pourrira avant que tu ne finisses de le déguster « .
– c’est vrai, mais je le mettrai à fumer dès ce soir pour le manger par petits morceaux ensuite. Ce sera délicieux !  »
La hyène faillit s’évanouir d’envie. Elle voulait ce poisson. Elle devait le manger. Et seule ! Elle convoita tant le poisson qu’elle réfléchit à une nouvelle façon de satisfaire son égoïsme et sa gourmandise aux dépends du lièvre. Elle agirait discrètement.
La nuit venue, la hyène traversa doucement la rivière tout près de laquelle dormait le lièvre. Le poisson cuisait tout doucement, embroché au dessus du feu et parfumant la nuit. La hyène gloussa de joie devant le mauvais tour qu’elle jouerait à son amie et s’approcha. Le lièvre faisait mine de dormir. Lorsque la hyène s’empara du poisson, le lièvre bondit, attrapa la broche chauffée à blanc et rossa la hyène qui s’enfuit en hurlant de douleur, de honte, mais surtout de rage !
C’est depuis ce temps que la hyène porte des rayures sur son pelage. Et qu’elle hait le lièvre.

L’aveugle, le jeune homme et le crocodile

Il était une fois, un jeune qui s’ennuyait dans son village. Il était ambitieux et voulait être la gloire du village. Ainsi il serait respecté comme le chef et serait admis dans le cercle des notables.
Un jour qu’il errait du côté de la rivière, il surprit un crocodile trop rassasié d’avoir mangé et qui trainait sur la rive, incapable de regagner la rivière. Le jeune homme captura le vieux crocodile fatigué et l’attacha avec des lianes. Puis il le cacha sous un buisson.
Puis il s’en alla trouver le chef du village et lui proposa d’organiser une chasse au crocodile par tout le village, car disait -il, :  » ces animaux ont trop mangé de nos frères, il faudrait les déloger de notre rivière « . Il parla tant et si bien que le chef ordonna une grande battue dans la rivière et promis une grande récompense à qui capturerait un crocodile. Les hommes se mirent en route
avec à leur tête le jeune homme qui jurait qu’il serait le premier à prendre un crocodile. C’est qu’il avait sa petite idée en tête !
Or, pendant que causait le jeune homme, un aveugle perdu dans la brousse, longeait la rivière. Il buta contre le crocodile attaché sous le buisson et s’étala de tout son long sur la bête. Et pendant qu’il palpait la peau rugueuse de l’animal, cherchant à identifier la chose qui l’avait fait tomber, les chasseurs le découvrir, médusés. Ils poussèrent un cri :
– l’aveugle a capturé un crocodile !!! Hourra !! L’aveugle a capturé un crocodile ! « .
Puis, avant que le pauvre aveugle ne comprit ce qui lui arrivait, il fut entouré et porté en courant chez le chef qui en fit son conseiller spécial. Dans toutes les contrées d’Afrique, pendant 100 ans, l’on conta l’histoire du chasseur aveugle et du jeune homme qui se croyait plus malin que le monde.

L’antilope rusée

Toutes les antilopes ne sont pas bêtes. Avec un peu de chance, elles arrivent même à berner leurs ennemis jurés, comme le fit une antilope des steppes sud-africaines.
L’antilope en question aimait par-dessus tout brouter l’herbe fraîche et non piétinée, loin de son troupeau. C’était pourtant dangereux, car une antilope solitaire est une proie facile pour un fauve, mais notre antilope se fiait à son intelligence et à sa chance. Jusqu’à présent, elle s’en était toujours bien sortie, si bien qu’elle devint arrogante.
Un jour, alors qu’elle était en train de brouter seule dans la steppe, l’antilope aperçut un guépard qui fonçait droit sur elle. Elle eut très peur, car le guépard est l’animal le plus rapide de toute l’Afrique, voire de toute la Terre, personne ne pouvant lui échapper. Une fois de plus, l’antilope eut de la chance. Les bergers armés de lances conduisaient justement un troupeau de buffles à l’abreuvoir. L’antilope bondit comme une flèche au milieu du troupeau, semant la panique parmi les buffles. Sans s’occuper d’elle, les bergers se jetèrent sur le guépard et le repoussèrent avec leurs lances.
En déguerpissant à son tour, l’antilope entendit encore le guépard crier :
« Je ne te pardonnerai jamais ce que tu viens de faire ! Tu ne perds rien à attendre, nous nous retrouverons un jour ! »
L’antilope rit :
« Sois heureux de t’en sortir sain et sauf ! »
Et comme elle était arrogante, elle ne retint pas la leçon. Elle continuait à brouter loin de son troupeau, là où l’herbe était fraîche et non piétinée, ne pensant plus au guépard depuis longtemps.
Le guépard, en revanche, ruminait sa vengeance. Sans relâche, il pistait l’antilope et, un beau jour, il bondit devant elle du haut de l’unique arbre qui poussait dans la prairie.
« Cette fois, tu ne m’échapperas pas ! » rugit-il.
« En effet, cette fois, je suis faite ! » s’affola l’antilope. Mais comme sa chance insolente ne la quittait pas, elle n’eut même pas à courir.
Tout comme le guépard, un énorme python était embusqué dans l’arbre. Lui aussi, il guettait l’antilope, mais lorsqu’il vit la tournure que prenaient les événements, il glissa rapidement le long du tronc, s’enroula autour du cou du guépard et le serra très fort pour lui briser la nuque. Ensuite, il l’avala tout entier, sans même le mâcher.
L’antilope poussa un soupir de soulagement :
« Heureusement que le guépard ne m’a pas dévorée. Je serais à présent dans l’énorme ventre de cet horrible python. »
Au moment où elle s’apprêtait à déguerpir, un immense serpentaire fit son apparition. Il accourut sur ses longues pattes en secouant sa huppe et se jeta sur le python. La queue du guépard dépassait encore de la gueule du reptile lorsqu’il reçut le premier coup de serre dans la tête. Après un rude combat, le serpentaire fracassa la tête du python d’un coup de bec. Ensuite, l’oiseau considéra un instant sa proie, puis l’engloutit, avec le guépard dans le ventre.
L’antilope assista à la scène, les yeux exorbités.
« Je suis curieuse de savoir qui va manger le serpentaire », se demanda-t-elle.
Personne ne vint le manger. Son repas terminé, le serpentaire marcha lentement vers l’arbre solitaire, puis s’envola péniblement pour se poser sur une branche. Il rentra sa tête entre les épaules et resta ainsi longtemps, longtemps, sans bouger.
« Enfin, ainsi va la vie ! » se dit l’antilope et elle s’en alla en courant. Croyez-vous qu’elle retint la leçon ? Elle continua à brouter loin de son troupeau, là où l’herbe était fraîche, bien craquante et non piétinée, tout en se félicitant d’être si rusée d’avoir tant de chance et de savoir le guépard dans le ventre du python et le python dans celui du serpentaire.

La queue des animaux

Jadis, les animaux n’avaient pas de queue. Le cheval ne pouvait pas chasser les mouches, l’écureuil sans queue avait du mal à sauter de branche en branche, le renard était bien moins beau et ne parlons pas du lion !
Le sage roi des animaux, le lion, prit la décision de remédier à cette situation. Il réfléchit pendant longtemps à la façon dont il allait s’y prendre et à la fin, il fit appeler le renard pour lui demander conseil.
« Tous les animaux ne peuvent pas avoir la même queue », estima le renard.
« Je sais cela, moi aussi », répondit le lion. « Mais comment départager les animaux sans se montrer injuste ? »
Le renard réfléchit un instant, puis déclara :
« C’est simple. Ceux qui arriveront les premiers recevront les plus belles queues. »
Le lion acquiesça :
« C’est une excellente idée. Cours vite dans la forêt et préviens tous les animaux qu’ils doivent se présenter à midi, au bord du ruisseau, pour la distribution des queues. »
Le renard transmit le message et courut vite vers le ruisseau pour arriver le premier. Il fut suivi de près par le cheval, l’écureuil, le chat et le chien qui arrivent toujours les premiers quand on distribue quelque chose. Vinrent ensuite les autres animaux : l’éléphant, le cochon et le lièvre se présentèrent les derniers.
Lorsque tous les animaux furent réunis dans la clairière, le lion se mit à distribuer les queues. Il se servit d’abord lui-même : ce fut une superbe queue, longue et dorée, terminée par un plumeau. Ensuite, le lion attribua de très belles queues bien touffues au renard et à l’écureuil. Le cheval opta pour une magnifique queue en crin. Le chien et le chat reçurent encore des queues fort présentables, mais les animaux qui arrivèrent les derniers, se trouvèrent bien démunis. L’éléphant eut une maigre cordelette avec quelques soies au bout. Il en fut si navré qu’il en porte aujourd’hui encore la trompe basse. La queue du cochon était fine comme un ver de terre. Il la fit boucler pour la rendre plus jolie. Le pauvre lièvre resta sans queue. Le chien et le chat commencèrent à se disputer pour savoir lequel d’entre eux avait la plus belle queue. À la fin, le chien attrapa le chat et lui arracha d’un coup de dents l’extrémité de la queue. Le chat s’enfuit dans l’arbre et depuis ce jour, il préfère se sauver devant le chien. Le lièvre ramassa le bout de la queue du chat et le colla sur son derrière. Ceci explique pourquoi la queue des lièvres est si petite.

Le monstre-calebasse et le bélier divin

Une calebasse monstrueuse était posée devant une hutte en ruine à l’entrée du premier village humain, et chaque fois que quelqu’un s’approchait d’elle, elle le dévorait. Elle s’ouvrait en deux et se refermait, comme une porte qui claque, sur les malheureux imprudents venus l’examiner de trop près. Ainsi, cette calebasse engloutit, les uns après les autres, tous les habitants du village. Seule une femme nommée Kalba, qui vivait avec son fils dans la forêt, fut épargnée, ainsi qu’une sorcière si vieille qu’elle ne pouvait pas sortir de sa hutte, Or, un jour, le fils de Kalba échappe à sa mère, s’en vient rôder autour du monstre-calebasse, qui ne dormait jamais que d’un œil et voilà l’enfant dévoré. Alors Kalba s’arrache les cheveux, hurle sa douleur, la tête levée vers le ciel, puis trébuchant, s’en va chez la vieille sorcière et lui dit :
– II faut que tu m’aides à briser cette terrifiante calebasse. Je veux délivrer mon fils.
La sorcière agite son doigt crochu devant son visage et répond :
– Ma pauvre enfant, je vais te dire ce que tu dois faire. Ecoute bien : va jusqu’au soleil couchant. Là, tu trouveras un rocher. Frotte la face de ce rocher avec ce piment rouge que je te donne. Une porte s’ouvrira. Alors tu descendras dans le ventre de la terre et dans le ventre de la terre tu chemineras jusqu’à ce que tu parviennes devant le bélier divin. Tu diras au bélier divin que c’est moi qui t’envoie, et tu lui demanderas de revenir avec toi, dans notre village, au soleil des vivants.
Kalba remercie la sorcière, prend le piment magique et s’en va vers le soleil couchant. Elle voyage jusqu’au crépuscule. Parmi les hautes herbes, elle découvre, un rocher gris, haut comme un géant chaotique. Elle frotte le piment contre, la paroi. Aussitôt elle entend comme un roulement de tonnerre, et le roc lentement se fend. Kalba descendit dans le ventre de la terre. Elle marche sur un chemin de pierre tracé dans une plaine couleur de fer. Dans le ciel de pierre brille un petit soleil-caillou. Elle marche elle ne sait combien de temps, car le soleil-caillou du ventre delà terre ne se couche jamais. Elle marche jusqu’à ce que ses pieds soient lises. Alors apparaît au bout du chemin une hutte d’or. Kalba parvient devant cette hutte d’or à quatre pattes, tant elle est épuisée. Elle pousse la porte. Au milieu de la pièce ronde un grand bélier est assis sur son derrière, un bélier a la toison rouge, aux cornes couleur de feu enroulées sur ses tempes. Il regarde Kalba effondrée à ses pieds. II lui dit :
– Que viens-tu faire ici, femme du pays d’en haut ?
Elle répond :
– La vieille de mon village m’envoie te chercher. Le bélier divin hoche la tête:
– Grimpe sur mon dos, dit-il.
Ensemble ils reviennent sur la terre. Ils sortent du rocher. Voici l’herbe verte à nouveau, le ciel bleu, les arbres. Le bélier galope jusqu’au village, dépose Kalba devant la hutte de la vieille sorcière. Il entre, majestueux. La sorcière le salue et se met à chanter. Elle chante, les mains ouvertes devant sa figure ridée, elle chante les méfaits du monstre-calebasse. Le bélier divin, devant elle, renifle comme s’il flairait le son de sa voix. Le chant de la vieille allume du feu dans ses naseaux et fait rougeoyer ses cornes comme des braises. Il gratte le sol du sabot, furieusement. Maintenant, il s’en va, le bélier embrasé, par les ruelles du village, et le chant de la sorcière l’accompagne. Là-bas, devant sa hutte en ruine, la calebasse grince et se réveille, et se met à rouler à la rencontre du bélier qui fonce sur elle, tête baissée. Le choc est si terrible que l’on entend son fracas jusque dans les étoiles. Le bélier divin, comme un caillou jeté, disparait au fond du ciel mais la calebasse se brise comme un œuf mûr. Tous ceux qu’elle avait dévorés sont ainsi remis au monde. Mais écoutez la plus étrange merveille qui soit : dans le ventre de la calebasse, les hommes étaient couchés les uns sur les autres, sur quatre rangs superposés. Ceux du haut maintenant sont blancs, ceux de la deuxième couche sont jaunes, ceux de la troisième sont rouges, et les derniers, ceux sur qui reposait tout le monde, sont noirs.
Ainsi furent créées les quatre races humaines. Telle est la vérité. Ceux qui ne me croient pas ne sont que des enfants aveugles : ils ne comprennent rien aux mystères du monde.

La création du monde

Il y a très, très longtemps, au tout début du premier commencement, un lézard et un oeuf on eu envie de manger du raisin. Ils partent donc dans la brousse et cherchent un beau raisinier (arbre à petits fruits rouges et sucrés). Ils cherchent beaucoup, ils cherchent longtemps et finissent par trouver un beau raisinier chargé de fruits. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le lézard est dans les branches. L’oeuf, lui, a du mal. Il essaye de grimper mais il n’y arrive pas. Le lézard descend alors et l’aide. il soulève l’oeuf et le pose par derrière. ll pousse, il pousse et réussit enfin à le hisser dans les branches. Et là, tous les deux se mettent à manger du raisin. Ils en mangent tant et tant qu’ils en ont plein la panse, ils ne peuvent plus avaler un seul grain. Ils décident de redescendre. L’oeuf a du mal, il roule, il glisse. Il crie au léazrd qui est déjà en bas depuis un moment :
– Fais-moi un tas de terre molle et de feuilles au pied de l’arbre, comme ça si je tombe je ne me casserai pas !
Le lézard fait comme son ami le lui a demandé, un tas de terre et de feuilles mais il glisse, au beau millieu, une grosse pierre. L’oeuf tombe et se casse en mille morceaux. Le lézard se met à rire, il rit comme un fou, quand une herbe coupante vient lui trancher le cou ! Plus de lézard ! L’herbe coupante se met à rire, elle éclate de rire quand un feu la brûle. Plus d’herbe ! Le feu se met, à son tour à rire, il hurle de rire quant l’eau vient l’éteindre. Plus de feu ! L’eau se met à rire, elle rit aux larmes quant les animaux sauvages viennent la boire. Plus d’eau ! Les animaux sauvages se mettent alors à rire, ils rient à gorge déployée quand les chasseurs viennent les tuer. Plus d’animaux sauvages ! Ce sont les chasseurs qui rient maintenant. Ils rient de toutes leurs dents quand la mort vient les tuer. Plus de chasseurs ! C’est au tour de la mort de rire, elle s’étouffe de rire quand la vie vient la foudroyer. Plus de mort ! La vie ne peut pas s’empêcher de rire, elle rit de bon coeur quand Dieu vient la détruire. Plus de vie ! Le monde, lui-même, est anéanti. Dieu est très sérieux. Il n’a pas ri, ni même souri. Et quand le vieux monde est complètement anéanti, Dieu crée un nouveau monde, celui-là même où l’on vit, vous et moi, aujourd’hui, ici. Cela s’est passé comme ça, et pas autrement.

La sagesse d’un enfant

Un brave villageois se rendait au marché de la ville voisine pour y vendre un gros bœuf il avait installé sa femme et toutes ses affaires sur le dos de l’animal. Un boucher les suivait examina l’animal et le jugeant gros et gras pensa qu’il ferait une bonne affaire s’il pouvait l’acheter
Salut mon ami, je suis boucher veux-tu me vendre ton bœuf ?
Je veux bien si nous nous mettons d’accord sur le prix. Après discussion l’accord se fit et le boucher déclara :
Si tu acceptes mon prix, je t’achète ce bœuf tel qu’il est.
D’accord répondit l’homme sans faire attention le bœuf tel qu’il est t’appartient. Il suffit que ma femme descende de ce bœuf !
Pas du tout, j’ai acheté ce bœuf tel qu’il est donc avec tout ce qu’il porte. Ainsi la femme est à moi.
Jamais de la vie je garde ma femme !
La discussion durait et un passant s’arrêta sur leur chemin est après s’être informé du sujet de leur dispute leur conseilla de soumettre le cas au chef des paroles dont la concession était toute proche. Les deux hommes furent reçus par un enfant qui à en juger par sa taille ne devait pas avoir plus de huit ans, c’était le prince des paroles, le fils du chef.
Où est ton père petit ?
Il est parti contredire les dieux, en effet il est allé défricher son champs pour semer du mil, mais la saison pluvieuse est encore loin mon père agit comme s’il était certain d’arriver à la saison des pluies or la décision appartient aux dieux et non aux hommes. C’est pourquoi je dis qu’il est parti contredire les dieux.
Et ta mère où est-elle ?
Elle est parti changé le nom du mil, en effet elle va piler le mil quand elle aura fini, ce qu’elle obtiendra ne sera plus du mil mais de la farine !
Les deux hommes complètement abasourdis exposèrent leur cas à l’enfant qui leur répondit :
Allez au marché et revenez dans la soirée mon père sera rentré.
Le boucher partit emmenant le bœuf et la femme du pauvre paysan.
Ne désespère pas dit l’enfant au villageois, écoute ce que tu dois faire, il lui parla longuement et l’homme reprit espoir et se rendit au marché et alla trouver le boucher qui venait de tuer son bœuf et le découpait en morceaux.
Boucher, je voudrais acheter ta tête-là , combien la vends-tu ?
Ne me cherche pas querelle, nous réglerons cela ce soir.
Mais non je veux simplement acheter ta tête-là.
Le boucher rassuré fixa le prix de la tête du bœuf à l’homme mais celui-ci la refusa :
Pourquoi cette tête de bœuf ? Je t’ai dit « je veux acheter ta tête, ta tête-là, tes camarades sont témoins, alors donne-moi ta tête »
Ecoute, si tu veux…
Ne discute pas, donne-moi ta tête. Si cela t’ennuie, j’accepte que tu me donnes ma femme en échange.
A leur retour, le paysan et sa femme passèrent devant la concession du chef des paroles, virent l’enfant qui les attendait et le remercièrent.

Vérités inutiles

Béye-la Chèvre, sautillante et bavarde, restait écervelée même passées ses jeunes années, car si elle avait su de bonne heure où poser ses pattes agiles dans ses courses imprévisibles, elle trouvait souvent que les sentes, qui partaient en brousse et aux champs ou revenaient au village, manquaient d’imagination : car les sentes tordues ont beau virer et lambiner elles finissent toujours, pour le troupeau, à l’enclos.
Béye, disait-on, n’a pas de tantes. Entendez pas là que toute son éducation était chaque jour à faire et les soeurs de son père avaient renoncé depuis toujours à lui inculquer la moindre notion d’obéissance.
Un jour elle avait trouvé que ses compagnons de pacage n’étaient pas assez curieux et que les champs récoltés jonchés de chaume et piquetés de vieilles souches n’offraient pas plus de nouveautés que les prés verts nés des premières pluies.
Le village dont elle avaient maintes et maintes fois fouillé tous les recoins jusqu’au fond des cases, des cuisines et des greniers vidés, n’avaient plus de secret ni de charme pour elle, tout comme les abois des chiens et les coups de bâtons des petits enfants.
Et Béye-la-Chèvre s’en était allée tournant les fesses au village vers le coeur de la brousse où les pieds d’acacia étaient plus fournis et plus jeunes, leurs feuilles plus tendres et leurs épines moins acérées.
Leuck-le-Lièvre avait bien levé la tête en voyant le bout d’uen patte pointue frôler son gîte, mais Béye-la Chèvre était loin, quand trottant du devant en sautillant du derrière sur la sente où l’herbe haute commençaient à étendre son pagne d’ombre, le Petit-aux-longue oreilles qu’à l’accoutumée peu de choses ou peu de gens étonnent, voulut lui demander ce qu’elle faisait au crépuscule si loin de la demeure des hommes et de l’enclos à bétail.
Secouant ses longues oreilles dans un clap-clap fataliste et fronçant le bout de son nez ridé, Leuck s’était assis au pied d’un termitière et regardait Béye-la-Chèvre disparaître en gambadant dans les dernières lueurs du jour.
Des bribes de la sagesse qui faisait le renom des siens montaient de son coeur toujours en alerte à ses lèvres marmotteuses.
Fo dule
Bou fa
Là où tu n’as pas à…
tu n’as pas à y…
Ainsi enseignait-on aux jeunes levrauts dès avant la sortie du nid.
Bo fa dé…
Lou la fa…
Yo ko…
Si tu y..
Ce qui t’y…
Tu l’auras…
Les paroles étaient comme la besace que l’aïeul des Lièvres pendait à son flanc gauche lorsqu’il parcourait le pays, brousses et villages. Leur valeur venait de ce que l’on mettait dans la peau des mots.
Là où tu n’as pas à…aller, à parler, à monter, à mettre le doigt. Tu n’as pas à y aller, à y parler, à monter, à mettre le doigt. Si tu y vas, y parles, y montes, y mets le doigt….Ce qui t’y arrivera, t’y fera taire, t’y fera tomber, t’y mordra. Tu l’auras cherché…
A l’heure où le muezzin au village des hommes appelait les fidèles aux dernières dévotions quotidiennes, Leuck-le Lièvre se répétait encore sa leçon comme une prière du soir, alors que Vère-la-lune ayant chassé les étoiles, seule au fond du ciel, commençait à s’ennuyer…
Un enfant de nuage, balle de coton mal égrenée qui passait, attira les regards de Vère-la-Lune sur la terre. Et Vère toujours curieuse se demanda quelles étaient ces deux ombres dont l’une nez en l’air et fesses basses venait d’arrêter net l’autre dans un fond de terreur et un bêê ê éperdu…
Bèye-la-Chèvre avaient trouvé sur son chemin aventureux Bouki-l’Hyène.
Le pied qui ne reste pas en place finit par marcher sur un étron.
Et les pattes de Béye-la Chèvre avaient conduit leur propriétaire celle-ci ne savait maintenant où, mais fort bien devant qui…
Li dou moure !
M’bouraké la!!!
nasilla en reniflant l’imprudente voyageuse.
Ce n’est pas de la chance :
C’est du couscous à l’arachide sucré !!!
– Comment ! c’est toi Béye, si tard et si loin de l’enclos?
– On…cle Bou-kk-ki, tremblait Béye-la-Chèvre de la voix et des membres…
– Tout arrive décidément en ce monde. En ce pays plein d’herbe et d’eau, d’où la maladie s’est enfuie depuis des lunes et des lunes il ne meurt plus une bête même pas la plus vieille des vaches de ce malheur de Malal-le-Berger ; et Laobé le creuseur de bois surveille trop bien ses ânes : plus un seul bout de fesse à emporter depuis plus d’une lune…. et voici que tu gambades toute seule, Béye, au coeur de la nuit et au milieu de la brousse.
Ce n’est pas de la chance :
C’est du couscous à l’arachide sucré !!!
Et Bouki tourna deux fois autour de Béye dont les pattes flageolantes aux onglons comme des aiguilles s’enfonçaient dans le peau du sentier.
– Vois-tu, continuait Bouki, la chose est tellement ahurissante que si je la racontais un jour au pays, l’on ne me croirait pas, parce que la vérité dépend de qui la dit aussi bien que de qui l’écoute : et je connais trop bien les miens.
… Mais si toi, tu me dis trois vérités qui me convainquent et que je puisse leur rapporter et convaincre ceux de chez moi, je te laisserai partir saine et sauve, avec tes deux oreilles et ton bout de queue.
Ce disant Bouki pointait son nez vers le cou frémissant de Béye la vagabonde qui regrettait maintenant les leçons qu’elle n’avait jamais voulu écouter… Bouki prit ensuite un léger recul et abaissa davantage ses reins fléchis. Mais le danger ne semblait pas pour autant s’éloigner de Béye-la-Chèvre. Il lui servait même de maître, un bon maître, car elle commençait :
– Oncle Bouki, si en rentrant au village, je raconte que je t’ai croisé sur ma route, oncle Bouki, personne ne me croira. Et Bouki d’approuver :
– Voilà une vérité toute verte et velue et qui crève les yeux. Mais ce sont les deux autres qui t’empêchent de dormir.
Bèye arrachant ses onglons de la peau du sentier fit un léger bond de côté. Bouki en fit deux en avant.
Et Béye de continuer :
– Oncle Bouki, j’ai vu quelque chose de plus long que le chameau et qui passe la nuit dans la case.
– Dis-moi Béye, qu’est-ce qui dépasse Guelème-le-Chameau et qui passe la nuit dans la case?
– Oncle Bouki, la chaîne de Rabbe-le-Tisserand est plus longue que Guélème-le-Chameau, et elle ne reste jamais dehors la nuit.
Et Bouki forcée d’acquiescer:
– Voici deux vérités toutes vertes et velues et qui crèvent les yeux. Mais c’est l’autre qui t’empêche de dormir.
Béye fit un tout petit écart en arrière. Bouki fit deux bonds en avant. Et Béye de terminer le fruit de sa toute fraîche sagesse.
– Oncle Bouki, édentée, surdentée ou mal dentée, aucune hyène ne plaît aux propriétaire de la Chèvre.
Bouki-l’Hyène était bien forcée de le reconnaître :
– Ces trois vérités toutes vertes et velues crèvent en effet les yeux… Mais… d’un bond sautant sur Béye-la-Chèvre… malheureusement, ce soir, Béye, tu as rencontré le besoin.

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