◊ La calebasse

Objet quotidien et spirituel

La calebasse fait partie de la vie quotidienne en Afrique. Elle sert à fois d’objet pratique et utile dans la maison mais aussi d’objet d’Art (Djembe Balafon Cora Kalimba Tambour Tambourin Maracasse) et spirituel dans la culture traditionnelle.

La calebasse, récipient par excellence en Afrique

Totalement imperméable, elle sert pour transporter l’eau, le lait, pour conserver le mil, le riz… Elle sert aussi de louche pour manger ou encore d’objet décoratif. Tout dépend de sa taille et de sa forme.
La calebasse « arbre » est le fruit du calebassier, en forme de courge et non comestible qui pousse dans les zones arides et sèche sur pied.

A la cueillette, les plus belles calebasses sont choisies (les plus rondes et les plus lisses). Il en existe de toutes les tailles et de toutes les formes. Selon l’usage que l’on souhaite en faire, elles sont coupées, vidées de leurs graines et nettoyées et séchées. Objet d’utilisation courante, les femmes sont très attachées à leurs calebasses. Lorsqu’elles se cassent ou se fêlent, il n’est pas question de les jeter ! Elles sont d’abord recousues… Et recoudre une calebasse est tout un art ! Il faut d’abord colmater la fêlure, ensuite il faut percer de petits trous de part et d’autre de la fêlure dans lesquels on passe la corde ou le morceau de paille qui servira de fil à coudre. Ainsi recousue, une calebasse peut doubler sa durée de vie.

Il existe d’autres calebasses, qui elles sont mangeables. Ces courges sont cultivées un peu partout dans le monde et comportent plusieurs variétés telles la ronde, la gale et bouteille

Cette espèce de calebasse est assez fade, convient très bien pour accompagner les plats épicés ou utilisant des produits fumés. On peut la préparer en daube, en gratin, en combinaison avec des légumineuses ou en garniture de carry de viande et de volaille.

La calebasse et les traditions

Histoire d’une graine de calebasse
Un cultivateur avait semé une seule graine de calebassier. La plante se développa bien vite et rayonna partout. Un jour, le planteur vint visiter son travail qui lui paraissait très bon. Mais ce calebassier ne porta qu’un seul fruitdont la grosseur était proverbiale.
Un matin, le cultivateur alla voir son lougan et, s’approchant du merveilleux fruit, lui appliqua quelques coups du plat de son couteau en disant: « Ma calebasse n’est pas encore mûre. » Aussitôt, celle-ci lui reprit le couteau et le frappant de la même façon, s’écria: « Mon homme n’est pas encore mûr ».
Le planteur ne souffla mot. Un mois plus tard, il revint faire comme précédemment et la calebasse lui rendit la pareille. Enfin une troisième fois, le cultivateur résolut de recommencer la même opération, mais il fut aussitôt avalé par la calebasse, qui se dirigea vers le village dont elle engloutit personnes et animaux. Après avoir ravagé plusieurs villages, la destruction fut enfin arrêtée par un gros bélier. Un premier coup de corne la fendit légèrement, un deuxième la fendit plus encore, enfin un troisième la partagea en deux. Et certaines peuplades noires croient que l’un de ces deux morceaux devint les océans et leurs reliefs, tandis que l’autre constitua les continents avec leurs aspérités actuelles (montagnes et plateaux). Telle est, pour certaines races indigènes, l’origine des continents et des mers. (Légende burlesque,Fada N’Gourma)

Un peu partout en Afrique la calebasse est un objet investi d’un pouvoir considérable, image cosmique (sa rondeur est celle du ciel comme de la terre) mais aussi image de la femme, elle représente la matrice, le contenant parfait. Elle est donc naturellement utilisée pour l’inscription de signes relatifs à la procréation. Ceux-ci sont gravés selon un rituel très précis lors de l’initiation des jeunes filles. Ainsi au Burkina Faso, le graveur, choisi par le mari parmi les frères cadets du doyen du lignage de l’initiée, agit comme un véritable démiurge dont le geste rassemble et organise sur la calebasse tous les éléments dont dépendent les naissances à venir. Au moment où il doit commencer ses dessins, la jeune fille initiée prononce les paroles rituelles : « Graveur, grave pour moi cette calebasse de mon enfant, fais le tracé de la procréation ! » Ensuite c’est au cours de la nuit qu’à lieu la remise cérémonielle de la calebasse aux initiées revêtues d’une parure de cauris et ceintes de fibres blanches. L’efficacité du rite repose sur l’inscription des signes dans le visible. Ailleurs en Afrique de l’Ouest, au Bénin, la calebasse joue pleinement son rôle de symbole cosmique : ainsi dans le mythe Yorouba, la déesse de la Terre (Odudua) et le dieu du Ciel son époux (Obatala) se ressemblent comme les deux moitiés d’une calebasse coupée qui, une fois fermées, ne peuvent plus être ouvertes. On se représente l’univers comme deux demi-calebasses reposant l’une sur l’autre. Celle du ciel, renversée, repose sur celle de l’eau et de la terre, et la ligne qui joint leurs bords, c’est l’horizon. L’inscription des messages, proverbes, devises de défi ou d’amour, symboles des astres ou figures humaines et animales, replace les événements dans l’ordre universel du monde, conférant à un instrument du quotidien matériel une profonde dimension spirituelle.
Au Cameroun, la calebasse est symboliquement la matrice de la femme. Objet naturel, organique, directement créé par Dieu à l’image du placenta originel qui contenait les signes graphiques, elle est  » de la vie « , et les signes qui la recouvrent ont une signification. Ils commandent les  » choses  » qu’ils signifient, et l’artisan des motifs, dans leur tracé, accomplit une œuvre qui rappelle l’œuvre divine. Les motifs géométriques inscrits sur la calebasse forment un répertoire comprenant la barre, la ligne brisée, le zig-zag, le triangle, le carré, le losange, le croissant, le trapèze. La dent de scie est fréquente, le cercle est rare. Les animaux sont figurés : antilopes, chevaux, serpents, tortues, oiseaux ; les personnages humains apparaissent moins souvent.

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