◊ Le Chamane, la loge de purification

Le Chamane

« Les pensées que nous envoyons sont comme des flèches,
prenons garde où nous les dirigeons
afin de ne pas devenir notre propre cible. »

Rien que le mot évoque dans l’esprit des gens une foule d’images un peu floues, d’un homme puissant ayant des pouvoirs extraordinaires et la connaissance de mondes parallèles. Plusieurs le perçoivent comme un sorcier, d’autre le voient comme un charlatan sans scrupules. Mais qui était-il exactement? Quel était son rôle au sein de la communauté?

Le mot « Chamane » est en réalité un mot de langue étrangère. Il était utilisé en Sibérie par les peuples de langue Toungouse pour désigner leurs « intermédiaires spirituels ». La base du chamanisme est la croyance d’un monde spirituel parallèle au nôtre, habité par des esprits puissants qui sont présents dans toutes les manifestations naturelles telles les tremblements de terre, les orages, les raz de marées, les arbres, les rochers etc… On croyait que certaines personnes avaient le pouvoir d’entrer en communication avec les esprits de ce monde parallèle lorsqu’elles étaient en transe ou dans un état de conscience modifiée. Parmi les premiers européens a observer ces personne et a en rendre compte, on retrouve les trappeurs Français du Canada qui furent témoins de cérémonies de guérisons où évoluaient des chamanes. Dès lors, ils les appelèrent « médecins » d’où l’appelation d »homme médecine ». Ce terme (médecine) a été utilisé par la suite pour désigner tout ce qui était relié au monde du sacré et du spirituel. (sacs-médecine, roue médecine etc…)

Le rôle de ces « practiciens sacrés » était de maintenir l’équilibre entre la tribu et le monde des esprits, assurant ainsi le succès de la chasse, de la pêche et de la récolte et prévenant les maladies qui découlaient d’une désobéissance envers certaines pratiques.

Les chamanes opéraient de toutes sortes de manières et avec toutes sortes d’instruments. Ils entraient en transe grâce au jeûne, en s’infligeant des souffrances volontairement, en chantant, en tambourinant violemment. Le tambour était en fait un accessoire très important dans la pratique du chamanisme.

Les gens faisaient appel au chamane pour se guérir mais aussi pour influencer le temps, pour prédir où se trouvait le gibier et pour communiquer avec des parents ou amis éloignés ou encore pour guider les âmes des morts lorsqu’ils traversaient sur le « Tshipaï meshkenau », le chemin des âmes.

La cérémonie de la tente tremblante (kushapetshikan) était un moyen de communication avec le monde spirituel utilisé par les chamanes qui s’est transmis jusqu’à nos jours. Au milieu du XXième siècle, le Dr J. Rousseau raconte que la tente tremblante était une construction conique, faite de 5 troncs d’arbres ébranchés et enfoncés dans le sol à un pied de profondeur autour d’un cerceau de quatre pieds de diamètre. Un autre cerceau plus étroit réunissait ensuite le faisceau de perches à huit pieds de terre. Après avoir coupé ce qui dépassait, le tout était recouvert d’écorce ou de toile. Une fois la tente prête, le chamane y entrait au crépuscule. Sa prière initiale attirait les esprits qui hantaient les plantes, les animaux, l’air, l’eau et les roches. Ils entraient dans la tente en faisant claquer les parois. Les esprits se posaient sur les cerceaux ou ailleurs. Ces esprits pouvaient être très nombreux dans la tente. Ils étaient souvent aussi petits que des mouches malgré la force de leur voix. Le chamane pouvait demander aux esprits venus de lointains villages d’amener avec eux l’âme d’une personne dont on désirait avoir des nouvelles. Tout au long de la cérémonie, le chamane restait silencieux. Les esprits ne parlaient pas par sa bouche. Ils chantaient et dialoguaient dans une langue inconnue des mortels et des autres chamanes.

On est souvent tentés de confondre chamanisme et sorcellerie. Mais alors que le chamane travaillait pour le bien de la communauté et le bien de tous, le sorcier lui, ne cherchait qu’à faire le mal et agissait le plus souvent dans l’anonymat le plus complet. Dans certaines nations amérindiennes, le sorcier qui était découvert risquait la mort. Par contre chez les peuples de la Taïga, le sorcier ne risquait pas grand chose puisque c’était son client qui était tenu pour responsable par la famille de la victime.

Généralement les chamanes étaient des hommes mais, dans certaines nations amérindiennes, des femmes ménopausées pouvaient aussi tenir ce rôle. Avant leur ménopause, les femmes étaient exclues du chamanisme à cause du sang menstruel qui était le sujet de plusieurs tabous et était même parfois considéré comme impur. On croyait en effet que le sang menstruel était une substance extrêmement dangeureuse qui pouvait enlever au chamane ses pouvoirs sacrés.

Devenir chamane était souvent l’affaire de toute une vie. Chez certains peuples Iroquoïens, on croyait qu’un homme effeminé, homosexuel ou avec un handicap avait été choisi par les esprits pour devenir chamane. Chez d’autres nations, c’était par le rêve ou par une vision que l’on savait qu’on était destiné à devenir « homme-médecine ». Chez les Washos du Grand bassin, on ne recherchait pas ce pouvoir surnaturel. L’élu était d’abord contacté par une série de rêves dans lesquels apparaissait un animal ou un fantôme. Les Washos redoutaient ce pouvoir puisqu’il était dangeureux. Celui qui ignorait ce pouvoir était tourmenté par un esprit appelé Wegaleyo. Mais, quand l’élu acceptait de se soumettre, il était instruit par ce même esprit qui lui enseignait son chant sacré personnel et lui montrait les objets qu’il devrait utilisé lors des cérémonies. Par la suite, l’élu devait suivre une « formation » auprès d’un chamane reconnu qui pouvait lui transmettre son savoir faire.

La loge de sudation ou purification

Inipi est la « sweat lodge » ou loge à transpirer, le rite le plus ancien des Natifs d’Amérique, commun à toutes les tribus (il s’agit en effet de l’une des traditions les plus répandues chez les Amérindiens, que l’on retrouve pratiquement partout en Amérique du Nord)

Ses origines se perdent dans la préhistoire. En langue lakota, inipi signifie « naître encore »: dans l’inipi, enveloppé par la vapeur purificatrice du rite, l’individu renaît à une conscience nouvelle, à une lucidité nouvelle quant à son rôle et à son destin.

Les pierres sont tout d’abord chauffées sur un feu à l’extérieur de la hutte, puis introduites à l’intérieur. La loge est ensuite fermée et l’on répartit quelques feuilles de cèdre ainsi qu’une pincée d’herbe aromatique sur les pierres chaudes, avant de verser l’eau destinée à produire la vapeur. La cérémonie s’achève lorsque la vapeur se dissipe, après quoi les participants au rite sortent du lieu sacré et retournent dehors. Avant toute nouvelle cérémonie, la couverture de la tente est généralement retirée et nettoyée

Laisser un commentaire